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La
crise alimentaire est passée « à l’arrière du journal », mais elle n’en
reste pas moins présente dans de nombreux pays du monde et
l’instabilité du cours des matières premières alimentaires risque de la
faire rejaillir à tout moment. Plus que jamais, crise climatique, crise
alimentaire et crise des prix sont liées. En effet, la production
alimentaire, partout dans le monde, est dépendante des effets du climat
et de ses aléas. Les stocks de matières premières, parfois insuffisants
à cause de faibles rendements, sont rendus vulnérables au caractère
volatil des prix sur le marché et aux spéculations financières. On a
beaucoup parlé des biocarburants comme facteur d’aggravation des
pénuries de céréales et d’autres cultures alimentaires. Mais a-t-on
assez parlé de l’incroyable déséquilibre entre la production
alimentaire consacrée aux animaux et celle directement destinée aux
personnes ?
Pourra-t-on nourrir 9 milliards d’hommes ?
A
l’échelle mondiale, la crise de la production alimentaire est présente
partout : envolée des prix des matières premières, émeutes de la faim
dans divers pays du Sud, épuisement des sols, pénurie d’eau
ou pollution des nappes, expulsions des paysans… Les causes sont
évidemment multiples et agissent avec des degrés divers : faiblesse des
stocks des matières premières, augmentation des coûts de production
liés à l’énergie
fossile, indécentes spéculations sur les marchés financiers,
accroissement de la demande de pays émergents comme l’Inde, le Brésil
ou la Chine,
développement des biocarburants qui accroissent les
intérêts spéculatifs sur les matières
premières, etc.
Par
ailleurs, d’autres difficultés émergent comme des problèmes sanitaires
difficilement maîtrisables (peste aviaire, fièvre catarrhale…). Au
cours des cinquante dernières années, le modèle agricole dominant a
certes augmenté sa productivité et répondu à une demande quantitative
croissante, mais il a aussi créé des inégalités inacceptables à
l’échelle planétaire, détruit des emplois ruraux, contribué à
l’épuisement et à la dégradation des ressources naturelles (dont les
sols et l’eau) ainsi qu’à une perte menaçante de biodiversité.
Par ailleurs, des problèmes de santé
publique surviennent avec ce paradoxe : on mange trop et mal au Nord,
avec comme conséquence des maladies de l’alimentation ; et au Sud, les
paysans producteurs de nourriture sont les premiers touchés par la
famine et par la malnutrition. L’agriculture intensive est aussi pointée du doigt pour sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre. Selon la FAO,
environ 20% des émissions totales de gaz à effet de serre
seraient générés par le secteur agricole, pris
dans sa globalité.
La question que chacun se pose aujourd’hui, au Nord comme au Sud, est de savoir comment la Terre
va pouvoir nourrir durablement une population mondiale qui risque
d’atteindre les 9 milliards d’êtres humains en 2050, et dont les
besoins nutritionnels doivent être mieux couverts qu’aujourd’hui - et
plus équitablement.
Les
réponses
classiques à cette question vont dans le sens d’améliorer
la
productivité des cultures et des élevages, d’augmenter
les rendements
et les économies d’échelle, et pour ce faire, d’utiliser
les voies de
la biotechnologie et la mécanisation. Mais elles butent sur les
limites
de la disponibilité des ressources et la capacité des
écosystèmes à se
régénérer, déjà observées
suite aux premières « révolutions
vertes » :
l’appauvrissement des sols, la disponibilité de l’eau, la pollution de l’eau, les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance aux ressources fossiles.
Cependant,
ces obstacles ne semblent pas ébranler certains tenants d’un
capitalisme forcené qui estiment que la solution viendra du
développement des échanges commerciaux, d’une ouverture totale des
marchés et d’une spécialisation des pays en fonction des coûts de
production.
Mais
d’autres voix se font entendre. Ainsi, l’Evaluation internationale des
Sciences et Techniques agricoles au Service du Développement (IAASTD),
rapport réalisé avec la contribution de 400 scientifiques mondiaux et
rendu public le 15 avril 2008 devant l’Unesco, a souligné l’urgence de
changer les règles qui régissent l’agriculture
moderne. Les auteurs de ce document préconisent la protection des
ressources naturelles et le développement des pratiques
« agro-écologiques». Ils insistent sur l’idée qu’il ne s’agit pas tant
de produire plus à l’hectare que de produire mieux et de favoriser l’agriculture paysanne et familiale.
Le
Délégué spécial des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation,
Olivier De Schutter, défend dans un récent rapport (10 septembre 2008)
le principe de la souveraineté alimentaire et donc la possibilité pour
les États de protéger leur agriculture, et en particulier l’agriculture paysanne et la production vivrière. La productivité de l’agriculture
vivrière peut d’ailleurs être largement améliorée, justement par le
recours aux savoirs traditionnels et à des pratiques
agro-sylvo-pastorales adaptées aux écosystèmes, ce qui aurait l’immense
avantage de protéger le capital naturel pour l’avenir.
Nous
sommes à la croisée des chemins, et le lobbying des grands intérêts
industriels fait rage auprès des institutions internationales, pour que
le choix « classique » s’impose ou soit imposé, tant au Nord qu’au Sud.
Comme toujours, le véritable enjeu est donc moins la quantité de biens
produits que le mode de production et la distribution mondiale de ces
biens.
L’agriculture
et les filières alimentaires doivent faire l’objet d’une régulation
internationale qui assure la sécurité alimentaire pour tous et un
partage équitable des ressources ainsi que la protection des
écosystèmes producteurs. Les règles de l’Organisation Mondiale du
Commerce (OMC) doivent être revues pour permettre ces nouvelles
orientations.
Ce soir, qu’est-ce qu’on mange ?
Et
c’est ici qu’il faut intégrer une autre question : celle du contenu de
notre alimentation, en tout cas de celle du Nord. Quel modèle
alimentaire devons-nous adopter pour qu’il soit accessible à tous les
habitants de la Terre, qu’il soit favorable à la santé et préserve les capacités des écosystèmes pour les générations futures ?
C’est ici que surgit la question de la viande.
L’assiette
occidentale avec son steak de viande trônant aux côtés des frites et
d’une feuille de salade, ou le hamburger incluant un double steak haché
entre moutarde et ketchup, ont tendance à devenir un modèle mondial
généralisé. Ici en Belgique, nous consommons en moyenne 100 kg
de viande par an et par habitant. La demande de viande augmente dans
les pays émergents. Si on suit les courbes de l’évolution actuelle, la
production de viande devrait doubler d’ici 2050 (de 229 millions T en
2001 à 465 millions de T en 2050 [Source: FAO, 2006, Compassion in World Farming, 2008]).
Cela
ne pourrait se faire que par l’élevage intensif. Ce modèle alimentaire
basé sur la viande et les produits animaux est insoutenable au vu de la
capacité de régénération des ressources naturelles et inacceptable
aussi aux yeux de l’équité et du partage des ressources entre le nord
et le sud.
Au
niveau mondial, aujourd’hui, 70 à 80% des terres agricoles sont
affectées au bétail ou à la nourriture du bétail. La plus grande partie
de la viande est consommée par les pays riches. Au niveau européen,
l’Union étant déficitaire en céréales, oléagineux et protéagineux, ce
sont essentiellement des cultures extra-européennes qui nourrissent
notre bétail (maïs, soja…). Les productions végétales européennes sont
directement concurrencées par ces cultures produites à faible coût et
exportées dans des conditions de dumping économique (USA), social ou
environnemental (Brésil).
Les
ressources de la biomasse sont indéniablement détournées au profit
d’une minorité. L’élevage constitue une charge écologique importante.
Plusieurs types d’impacts environnementaux sont dénoncés :
a) L’argument climatique
Le président du Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC),
Rajendra Pachauri venu à Gand en août 2008, y a lancé le slogan « Less
heat, less meat ». En effet, 18% des gaz à effet de serre sont émis par
la production animale, dont 9% du CO2, 37% du méthane (CH4, ayant 23 fois le potentiel de réchauffement du CO2), 65% du protoxyde d’azote (N2O, 296 fois le potentiel de réchauffement du CO2).
Tout
d’abord, les besoins de l’élevage en pâturage ou en céréales et
protéagineux ont provoqué d’importantes déforestations dans les pays du
Sud au cours des 30 dernières années, ceci non seulement pour leur
propre consommation
mais surtout pour celle des pays du Nord, vers lesquels étaient
exportées soit les céréales et protéines végétales, soit la viande
elle-même. La déforestation contribue à 20 % des émissions de gaz à
effet de serre en général, et à 36 % des émissions imputées à l’élevage
[ Source «Livestock’s long shadow» FAO, Rome, 2006 ].
Reconnaissons
dès maintenant qu’il conviendra de distinguer les formes d’élevage qui
n’ont pas causé de déforestation récente, c’est à dire qui se
nourrissent de pâturages dans les régions anciennement agricoles. Leurs
émissions de gaz à effet de serre (GES) en sont fortement diminuées. La
deuxième source de GES dans l’élevage est la production de méthane par
les ruminants. Elle représente selon les sources de 25 % à quasiment 30
%. Elle représente 86 millions de tonnes de méthane par an. La
production de méthane varie avec la digestibilité de la ration
alimentaire.

b) L’argument environnemental
En dehors des émissions de GES, l’impact environnemental de l’élevage est lié à la consommation d’eau
d’une part et à l’équilibre du cycle azoté d’autre
part. M. Pachauri a cité le fait que produire un kg de bœuf
demande une consommation de 15.500 litres d’eau ; un kg de porc 4.900 litres, un kg de poulet 3.900 litres. Ces chiffres incluent l’eau nécessaire à l’irrigation des cultures fourragères en plus de la consommation de l’animal lui-même. Mais ils sont sans comparaison avec la quantité d’eau nécessaire pour produire un kg de céréales ou de protéines végétales.
L’élevage
est responsable de 64 % des émissions d’ammoniac dans l’atmosphère, et
d’une partie de la pollution des nappes phréatiques par l’azote et le
phosphore. Le cycle de l’azote est perturbé par le fait que de grandes
quantités d’azote entrent dans nos pays via les importations de
céréales et protéagineux, et deviennent partiellement des déchets (le
lisier) qui sont à leur tour incorporés dans les sols avec les excès
que l’on sait.
Ceci
n’exclut pas que l’on puisse maîtriser ces apports d’azote dans le sol,
mais le lisier est loin d’être la meilleure fumure pour assurer la
richesse biologique des sols. Le fumier est préférable mais dans le cas
d’élevages intensifs, c’est rarement possible. De plus, l’intensité de
l’élevage et des cultures qui y sont liées contribue également à la
perte de biodiversité, tant via les rejets d’azote que via l’usage des
pesticides.
c) L’argument santé
Aujourd’hui, les professionnels de la nutrition et de la santé sont unanimes. Notre pyramide alimentaire doit comporter comme base la consommation
de féculents (à base de céréales brutes ou peu raffinées), puis celle
de fruits et légumes, puis celle de viande, poisson et produits
animaux. Les apports moyens de protéines animales doivent diminuer,
pour notre santé autant que pour celle de notre planète.

Or la réalité de notre consommation est toute autre !

Une
première constatation concerne le manque de fibres, pourtant
indispensables, dans l’assiette observée de la population de 15 ans et
plus. Par ailleurs, la consommation de viande dépasse largement les quantités préconisées. La consommation
de viande est à l’origine de risques plus élevés de maladies
cardiovasculaires, de cancer, de diabète de type 2 et bien sûr
d’obésité, en raison des graisses saturées qu’elle contient. Le Fonds
mondial de recherche
contre le cancer recommande de manger principalement une nourriture
végétarienne [ Source: The Lancet, 2007; World Cancer Research Fund,
2007 ].
Dans
son livre « Anticancer », le professeur David Servan Schreiber évoque
les recherches qui démontrent que les produits issus d’animaux nourris
par les fourrages industriels contiennent plus de graisses Omega 6
(susceptibles d’exciter l’apparition de tumeurs) que ceux issus
d’animaux nourris à l’herbe. Ceci montre aussi que la qualité
nutritionnelle des produits animaux dépend de l’alimentation qu’ils ont
reçue. C’est une évidence, mais elle n’attire pas beaucoup d’attention
de la part des éleveurs.
La
production de viande à grande échelle est aussi susceptible d’être
atteinte et de propager des maladies à caractère épidémique ; la
prévention du risque d’épizooties est bien développée dans nos pays,
mais le coût supporté par la société, en l’occurrence par le budget de
l’État, pose question. Ne pourrait-on pas diminuer grandement ce risque
en diminuant le caractère intensif de l’élevage ? De même les animaux
élevés dans la promiscuité sont fragilisés en cas d’attaque de bactérie
et de virus. Les antibiotiques sont de plus en plus utilisés, avec ce
que cela comporte comme risque de résistance risque dangereux pour
l’homme.
Enfin,
la question des farines animales incorporées dans l’alimentation du
bétail se repose aujourd’hui. Plus les productions animales sont
importantes, plus la question des farines animales et de leur
destination finale est lancinante. Interdites dans l’alimentation
animale depuis la crise de la vache folle, l’Union européenne s’apprête
à les autoriser à nouveau. Des arguments strictement économiques (les
farines animales, déchets de l’industrie de la viande, sont des
protéines financièrement intéressantes pour les fabricants d’aliments)
risquent de supplanter des impératifs de santé publique. C’est évidemment inacceptable.
Au secours, les écolos veulent-ils qu’on devienne végétarien ?!?
Après
de tels constats, ne pourrait-on à juste titre demander que le monde
entier devienne végétarien ?! Le mouvement végétarien flamand EVA fait
des comparaisons très parlantes :
- Monsieur Pachauri, en étant végétarien depuis 10 ans, a économisé 12 tonnes de CO2
- une vache émet 6,5 tonnes de CO2 durant sa vie, c’est autant qu’une Ford fiesta -
un végétarien dans une 4X4 est équivalent à
un « omnivore » dans une Toyota prius
- …
C’est
ainsi que ce mouvement propose de s’abstenir de viande un jour par
semaine, ce qui représente une économie de 170 kg CO2
par personne. Supprimer la viande et/ou les kilomètres en voiture ? Il
faut réduire les deux si possible, mais les effets pourraient être
équivalents. Et pourtant la question mérite une analyse plus fine. Tant
du point de vue de la production que de la consommation,
il y a de(s) (bonnes) raisons de ne pas aller jusqu’au radicalisme.
Certes le régime végétarien est respectable et parfois souhaitable ; il
correspond à certaines habitudes culturelles ; mais il serait
regrettable de faire table rase de tout ce que nous apporte l’énergie animale sous toutes ses formes et dans ses composantes sociales et culturelles.
Merci veaux, vaches, cochons, couvées !?
L’élevage
des animaux est (presque) vieux comme le monde. Il date de la
préhistoire, n’oublions pas que nous avons été d’abord chasseurs, puis
agriculteurs et éleveurs. La plupart des peuples ont élevé des
troupeaux d’animaux en fonction de leur adaptation aux écosystèmes où
ils vivaient, ont bu leur lait et fabriqué de multiples produits à base
de ce lait, ont utilisé leur peau ou fourrure pour se vêtir, leurs
déchets pour enrichir le sol…
La
chair animale est l’aliment le plus haut en valeur, nutritionnelle mais
surtout symbolique et culturelle. Faut-il rappeler le sacrifice animal
qui entre dans de nombreux rituels primitifs et dont la fonction est
bien souvent de remplacer le sacrifice humain ? L’Indien qui parle au
bison avant de le tuer et le remercie, les cérémonies accompagnant les
chasses ( même encore aujourd’hui !), le don de l’agneau au visiteur
chez les plus pauvres des peuples du désert, tout cela montre
l’importance pour l’homme de cette énergie
qu’il tire de l’animal et en même temps sa proximité avec l’animal ;
n’a-t-il pas le même sang ? n’est il pas un compagnon dans la lutte
pour la survie que l’homme a mené pendant tant de siècles ?
Lorsque
le roi Henry IV veut permettre aux Français de manger une poule au pot
tous les dimanches, c’est le début de la prospérité. Les classes
supérieures festoyaient avec de la viande et marquaient ainsi leur
domination. Tout cela est inscrit dans notre mémoire collective. La
viande signifie prospérité, richesse, saveurs et plaisirs partagés. On
comprend qu’il ne sera pas question d’y renoncer facilement.
L’élevage
a aussi des impacts positifs sur l’environnement : on pense évidemment
à la fertilisation des sols obtenue traditionnellement par un mélange
des excréments animaux et de déchets végétaux (le fumier), mais la
simple présence d’un troupeau sur un pâturage, si elle est bien
adaptée, permet le cycle de l’azote et d’éléments minéraux qui vont
maintenir la fertilité du sol. Les pâturages, liés à l’élevage,
stockent le carbone mieux qu’une terre labourée chaque année, évitent
l’érosion des sols, absorbent l’eau et, dans certains cas, sont un refuge de biodiversité.
Que
ferait-on sans les troupeaux de montagne pour entretenir les alpages,
éviter les avalanches, permettre ces magnifiques floraisons liées
justement au pâturage annuel ? Les pratiques agro-pastorales qui ont
trouvé un équilibre avec l’écosystème, qui permettent le renouvellement
des ressources végétales, ne polluent pas l’eau et enrichissent les sols, peuvent être conservées.
En
ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, « une vache
élevée dans un système d’élevage n’impliquant ni déforestation ni
dégradation du sol, pollue deux fois moins que la vache FAO » [Johanne Dupuis, dans la revue de la FICOW, 3e trimestre 2008], dit Johanne Dupuis en faisant référence à l’étude de la FAO citée ci-dessus.
L’élevage
et la production de viande recouvrent donc 1001 réalités. Certaines
sont destructrices, certaines sont très utiles et à préserver. Au
niveau de la production, il est clair que c’est le caractère intensif
de l’élevage et sa dépendance par rapports à des intrants importés qui
ont « cassé » le cycle des matières, et donc la durabilité
environnementale du modèle. Ce modèle marche économiquement, mais de
moins en moins d’ailleurs, tant qu’il ne paie pas ses coûts cachés,
coûts liés à l’énergie fossile, au transport,
aux pollutions engendrées. L’élevage intensif a aussi anesthésié la
relation entre l’éleveur et l’animal. Chacun ne peut plus fonctionner
que comme une machine.
Au niveau de la consommation,
le problème est la quantité de viande et de graisses
animales consommées, qui représente indéniablement
un coût pour la santé
publique. Le consommateur est pris dans un paradoxe car il rejette
aussi le modèle de l’élevage intensif (quand un élevage s’installe près
de chez lui) et ne veut plus voir la mort de l’animal, mais en profite
sans arrêt, en cherchant de la viande à bon marché et en renonçant
souvent à la qualité plutôt que de changer son menu.
Les bonnes pratiques ?
Plus largement, Ecolo
estime que les règles du commerce international de l’OMC doivent être
revues de manière à restaurer les équilibres naturels entre la
production végétale et la production animale dans le but de :
- éviter l’hyperspécialisation des activités agricoles et de restaurer
les complémentarités entre cultures et élevages (lien au sol en amont
pour l’alimentation animale et en aval pour la gestion des effluents
d’élevage);
- mettre un terme à la distorsion de concurrence due aux productions
américaines largement subventionnées, comme le soja, qui arrivent à bas
prix sur nos marchés;
- diminuer la dépendance européenne vis-à-vis de l’alimentation animale en mettant en œuvre une politique
de production de protéines végétales en Europe et
en favorisant les exploitations mixtes élevage-cultures;
- abandonner l’avantage au «moins-disant» autorisé actuellement par
l’OMC qui permet le déversement de produits de qualité souvent médiocre
sur notre marché (ex : bœuf aux hormones américain, poulet à la javel, OGM dans l’alimentation animale,…).
Quant
à nous, consommateurs, il nous reste à modifier nos habitudes
alimentaires, de façon progressive mais décidée. Moins de viande, plus
de céréales [Dans nos pays occidentaux, cela signifie notamment de
remettre à l’honneur, la place du pain dans l’alimentation,
principalement à base de céréales complètes], de fibres, de légumes,
mais aussi plus d’imagination, de créativité, de saveurs nouvelles…
pour modifier à notre tour les tendances du marché et favoriser une agriculture en harmonie avec la planète.
En
ce qui concerne la viande, pourquoi ne pas retrouver le goût et le
plaisir de la rareté ? Faire de la viande l’exception qui fait plaisir,
le cadeau, le plat de fêtes ? Et quand on décide de manger de la
viande, permettons nous alors la qualité, non pas celle liée au luxe
d’un magasin, mais celle de la garantie d’origine, celle liée à sa
valeur nutritionnelle, à la qualité environnementale de son mode de
production. Comme le
propose le mouvement « Slow Food », achetons du « bon, propre et
juste », de la viande d’un animal qui a couru, mangé de l’herbe, pu
grandir à son aise. Le goût de cette viande est d’ailleurs sans comparaison, par rapport aux viandes industrielles.
Retrouvons
si possible le lien avec l’éleveur, soit au travers d’une filière
régionale de production, soit directement via des achats groupés à un
producteur. Mettons moins de kms dans notre assiette et plus de saveurs
et couleurs locales ! Évidemment, dans le quotidien, il nous faut alors
apprendre à manger autrement sur base d’une nouvelle gastronomie,
rééquilibrée (voir pyramide souhaitable ci-dessus). Celle-ci existe
mais doit se déployer grâce à nos chefs cuisiniers, nos écoles
d’hôtellerie, le secteur Horeca et via les mouvements citoyens
d’éducation permanente et les groupes tels que « Slow Food ».
En
Belgique ces derniers mois, les initiatives pullulent ; c’est très
intéressant de voir que, tant du côté des syndicats que du monde des
entreprises, du côté du secteur Horeca lui même, des ONG et chez les
citoyens, de nouveaux mouvements pour une alimentation durable naissent
et se relient en réseau. Ils sont tous «léguminophiles » et le plus
souvent préconisent l’alimentation bio. N’est-ce pas un potentiel pour
la naissance d’une nouvelle génération de producteurs ? J’en suis
convaincue et mettrai mon énergie d’écologiste à disposition pour l’encourager.
Thérèse Snoy
www.tsnoy.be
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