Ce
texte est
la version française de Redefining Soil Fertility
or There is no soil fertility without a healthy forest écrit
pour le journal du Maine Organic Farmers and Gardeners, printemps 2007
• Voir GLOSSAIRE ci-dessous.
Céline Caron est écologiste et médecin de
la Terre. Elle écrit tant en anglais qu'en français.
Les forêts naturelles croissent et se
régénèrent elles-mêmes sans intervention
humaine, sans fertilisants ni biocides. Leurs seules sources
d'énergie sont le soleil et l'eau. La forêt est une
machine vivante qui fonctionne avec du matériel vivant. Et de
cette machine vivante provient le sol fertile. L'écologie
forestière est une source d'inspiration pour les fermiers
partout dans le monde.
QU'EST-CE QUE
LA PÉDOGENÈSE?
La
pédogenèse* est un nouveau mot pour un processus naturel
à la base de la formation et du maintien de la fertilité
du sol. Les sols sont parmi les milieux les plus mal connus de la
terre. Pour citer le Professeur Gilles Lemieux, de l'Université
Laval, Québec, le sol est le lieu où on enterre nos
déchets et nos morts. Comme presque tous les organismes vivants,
dont dépend la pédogenêse, travaillent dans l'ombre
sous terre, la plupart sont invisibles à l'oeil humain.
Il y a
une différence entre la pédogenèse et la
pédologie* La
pédogenèse
s'est établie au
cours de centaines de milliers d'années. Des changements
drastiques dans le climat l'ont fait émerger il y a 60 millions
d'années alors que la forêt a donné naissance aux
feuillus et a inclus le sol comme atout majeur pour la conservation de
l'énergie et des nutriments. Le sol est depuis lors devenu une
"banque" dans laquelle se retrouve la plus grande biodiversité
sur terre. La pédogenèse installe des mondes
interdépendants à l'intérieur d'un individu, qui
est le sol, dans lesquels se retrouvent de multiple espèces. Ce
sol aura une histoire comme tous les êtres vivants, avec ses
hauts et ses bas.
La pédogenèse a évolué
grâce aux travaux de recherche scientifique faits au
Québec durant les années 1970 pour mettre en valeur les
résidus de coupes forestières. C'est suite à ces
recherches que nous en sommes venus à différencier les
conifères des feuillus, le bois de tronc des branches, et
l'humus de courte durée de l'humus stable, ce dernier
étant la base du sol fertile.
QU'EST-CE QUE
LE BOIS
RAMÉAL?
Le bois raméal* est la partie la plus nutritive
des arbres et représente le tiers de la biomasse produite par
l'industrie du bois, pour un total de deux milliards de tonnes
annuellement. C'est un système d'énergie ouvert sur
l'extérieur. Il capte l'énergie du soleil et le stocke
dans sa matière vivante. Il peut reconstruire et maintenir la
structure, la fertilité et la stabilité du sol pendant
plusieurs années. En utilisant le bois raméal en
agriculture on reconstitue le sol naturel de la forêt dans le sol
agricole. Ces caractéristiques, la grande disponibilité
du bois raméal, et spécialement les effets de ce bois
raméal sur la constitution chaînes trophiques*
(alimentaires) ont soutenu l'intérêt pour ce
matériel si précieux, considéré comme un
déchet de par le monde. Le bois raméal est la partie des
arbres qui a une grande valeur; on doit la comprendre et
l'intégrer à l'agriculture et à la foresterie.
Les
particules de bois raméal fragmenté sont rapidement
envahies par des champignons blancs (Basidiomycètes). Cette
addition provoque un réseau complexe de chaînes trophiques
qui structurent le sol, gèrent les nutriments, limitent les
maladies et les insectes, contrôle l'eau et la fertilité.
Les rameaux à la surface du sol (davantage s'ils sont
fragmentée) non seulement se désintègrent mais
initient une chaîne complexe d'alimentation. Ce lent processus
d'évolution amène le sol vers la stabilité et la
résilience. Il contrôle les nutriments biologiques
à l'intérieur des chaînes trophiques en
régularisant la disponibilité des nutriments tant
organiques que minéraux.
LA FORÊT
VIVANTE
A l'origine de
la vie planétaire, environ 60% de la surface de la Terre
était sous couvert forestier. Dans certaines parties de la
planète, la forêt a évolué de
conifère à feuillue. Les forêts feuillues sont
magnifiques, efficaces et durables. Elles contiennent un grand nombre
d'espèces dans ses écosystèmes hypogé*
(au-dessus) du sol et épigé* (en-dessous) du sol et un
haut taux de résistance à de longues périodes de
perturbations climatiques.
La forêt se
régénère avec ses feuilles, ses branches, ses
racines et avec l'aide d'une multitude de mycelia de champignons, de
petits insectes, de vers de terre et de rongeurs. Ce travail invisible
par les travailleurs du sous-sol créent de l'humus stable. Le
génie de la foresterie et de la pédogenèse est de
la science pure et nous aide à apprécier la biologie,
l'écologie et l'intégrité de la forêt
primitive. La biodiversité de la forêt feuillue augmente
la dynamique du vivant. Des plantations d'arbres feuillus n'apporteront
jamais la biodiversité des forêts naturelles. C'est la
diversité des forêts feuillues naturelles qui font la
différence. Du 1.4 milliard d'hectares de forêt primitive
originale (une forêt primitive est une forêt qui ne montre
aucun signe d'impact humain), 6 million d'hectares sont perdus ou
dégradés chaque année. Nous perdons non seulement
de la superficie en forêt mais de la biodiversité et DU
SOL FERTILE.
LE SOL VIVANT
La fertilité du sol provient surtout
de la lignine* des branches des arbres feuillus, avec l'aide des
champignons, polyphénols*, sucres et protéines qu'ils
contiennent et les micro-organismes qu'ils génèrent. La
lignine joue un rôle crucial dans la conduite de l'eau à
travers les branches. Cette macro-molécule est enlevée
dans la fabrication du papier. Sachant l'importance de la lignine pour
la fertilité du sol, on comprendra que le création
d'arbres sans lignine pour l'industrie du papier est néfaste
pour le sol. Les fermiers anglophones utilisent le mot saleté
(dirt) pour parler du sol. Est-ce que le sol a toute la
considération et le respect qu'il devrait avoir?
Le sol
forestier est durable. Le sol agricole doit être fertilisé
constamment. Le sol de la forêt feuillue et de la forêt
tropicale ont des cycles très longs, souvent des siècles,
avec une grande diversité d'espèces. La forêt
coniférienne n'est pas propice à l'agriculture. Les
conifères, en climats tempérés et froids, bloquent
la formation du sol parce que leur lignine asymétrique
(guaiacyle), une fois dans le sol, produit plusieurs inhibiteurs
polyphénoliques. Cette sorte de lignine est souvent
présente dans les arbres tropicaux mais les températures
élevées de ces régions arrête l'effet
inhibiteur en quelque sorte.
Presque toute la dynamique de la vie est
gérée par le sol. L’état physique des organismes
du sol est une question de vie et de mort pour les animaux et les
plantes qui en dépendent. Et ceci inclus les êtres
humains. Dans le sud du Québec et de l’Ontario les occupants ont
la chance de vivre dans un milieu de forêts feuillues et de
bénéficier du sol fertile qui en résulte.
Contrairement à la forêt de conifères (dans
laquelle les arbres meurent tous en même temps), la
diversité des espèces et la fertilité du sol sont
de beaucoup supérieures. Cette diversité permet à
la forêt de se régénérer elle-même
indéfiniment dans toutes ses dimensions biologiques,
espèce par espèce, année après
année, siècles après siècles.
Le sol
vivant, le bois raméal fragmenté et les champignons
sentent bon. Les matériaux morts ou pourris sentent mauvais et
asphyxient le sol aussi longtemps que les bactéries et les
micro-organismes n’ont pas interrompu le processus de
dégradation* et que la vie ait repris le dessus. Il y a une
énorme différence entre du lisier provenant de
l’élevage industriel d’animaux confinés et le fumier
d’animaux élevés dehors en champs mais les deux sont des
matériaux dégradés ne faisant pas partie de la
pédogenèse, qui est aggradante. Le sol vivant est plus
qu’un support pour des déchets ou du matériel
synthétique.
La puissance du sol se manifeste par la
complexité et la diversité des êtres vivants sur
cette planète. En utilisant la technologie du bois raméal
fragmenté, nous reconstituons le sol naturel de la forêt
feuillue au sol agricole. Nous fabriquons du vivant. Les branches de
chêne rouge, d’érable à sucre, de hêtre, de
bouleau jaune, de tilleul et de frêne donnent de meilleurs
résultats que les essences de moins bonne qualité comme
l’érable rouge et le peuplier faux-tremble. Un mélange
d’espèces donnera des résultats positifs à court
terme comme à long terme.
La dégradation du sol peut
être arrêtée et contrôlée en permanence
en utilisant des branches fragmentées et incorporées aux
premiers centimètres du sol. Des ajouts de bois raméal
fragmenté au sol ont été documentés au
cours des dernières vingt années et concluent que la
forêt feuillue est le seul modèle de production durable
non seulement par la complexité de sa canopée même
plus par ses caractéristiques. Elle se
régénère elle-même et
régénère le sol sur lequel elle croît,
indépendamment du climat, de la géomorphologie et des
minéraux sur lesquels elle repose. L’écologie de la
forêt amazonienne en est l’exemple le plus frappant et
convaincant.
Quand la forêt disparaît, la fertilité
du sol disparaît. De même que l’eau. C’est ainsi que les
déserts sont crées. Quand une forêt est
coupée, il y a des changements majeurs dans le sol. Sachant que
le sol est un organisme vivant et que l’eau est indispensable pour
l’agriculture, nous devrions être très inquiets de la
disparition des forêts et du besoin d’irrigation. Tout est si
intrinsèquement relié.
LA DYNAMIQUE
DU VIVANT
L’histoire
de la vie naturelle sur Terre est une histoire d’évolution. La
Terre est vieille de 4.5 milliards d’années. Les humains
modernes (une des vingt espèces d’humanoïdes qui ont
déjà existées) n’existent que seulement depuis une
centaine de milliers d’années, un clin d’œil seulement dans un
univers qui existe depuis 15 milliards d’années.
Vous
êtres-vous déjà demandés comment une
forêt fait pour croître et se reproduire sans addition
d’engrais ni irrigation, comment elle peut contrôler les insectes
sans pesticides, comment elle peut se régénérer
sans transplantations ? Tous les phénomènes du vivant
échangent de l’énergie. Que ce soit dans la forêt
ou dans les champs agricoles, il n’y a qu’une seule source
d’énergie primaire utilisable et disponible et c’est la
radiation du soleil filtrée par l’atmosphère. Une
forêt est le résultat de la dynamique de l’énergie
solaire et de l’eau. Quand une forêt disparaît, elle pousse
de nouveau comme si les forêts étaient inséparables
de l’évolution de la vie et de la biodiversité sur la
planète Terre. Quand nous percevons le sol comme une
entité biologique, notre définition de la
fertilité change complètement.
L’ÉVOLUTION
DE
L’AGRICULTURE
Les forêts feuillues ont créé le sol
fertile sur lequel l’agriculture s’est développée il y a
10,000 ans. La méthode de culture sur brûlis a
réussi au début de l’humanité moderne parce
qu’elle laissait des périodes d’environ vingt ans sans culture,
entre les nouveaux défrichages, périodes pendant
lesquelles la forêt avait le temps de
régénérer le sol dégradé.
L’humanité a évolué parce que l’agriculture se
pratiquait sur ces sols fertiles dérivés de la
forêt feuillue.
Lorsque l’humanité se sédentarisa,
on a commencé à utiliser le fumier des animaux en
pâturage, lequel donne de l’humus de courte durée. Le
compost et les engrais verts utilisés en agriculture biologique
donnent également de l’humus de courte durée et
maintiennent une certaine fertilité à court terme en
récupérant certains nutriments sans restaurer la
fertilité du sol pour le long terme. Les sols doivent alors
être amendés annuellement ou tous les deux ans avec du
fumier ou du compost et, même là, leur manque de lignine
est remarquable. Cependant, les sols auxquels on a ajouté du
bois raméal peuvent rester fertiles pendant trois à cinq
ans sans autre application et les effets de cet apport peuvent durer
beaucoup plus longtemps.
L’agriculture biologique et biodynamique sont
de meilleures méthodes que l’agriculture chimique qui utilise
des engrais de synthèse et des matériels
dégradés ou morts mais aucune de ces méthodes ne
considère la forêt comme base de la fertilité.
Dans
les années 1990, les scientifiques recommandèrent des
nutriments minéraux dont l’azote qui devint une source de
problèmes majeurs pour le sol. Bientôt des doses massives
d’azote minéral furent introduites dans les cultures de
maïs par exemple, détruisant ainsi la fertilité et
la structure du sol. L’excès d’azote minéral amène
une activité excessive des micro-organismes qui consomment
l’énergie accumulée dans les molécules organiques
complexes riches en carbone et en azote organique. Une perte de carbone
s’ensuit et les sols se dégradent.
Comment en sommes-nous venus
à considérer le sol comme un support sans vie pour les
plantes ? La « saleté », les déchets,
détritus, carcasses d’animaux morts, pourritures, résidus
de papetières, boues septiques, excréments, lisiers,
fumiers, compost (les deux derniers résultent de la
dégradation), les termes décomposition et
dégradation, etc. appartiennent au royaume de la mort. Comment
avons-nous pu réduire le sol à NPK (azote, phosphore et
potassium) seulement alors que tellement d’organismes vivants peuplent
le sol ? Les champignons, collemboles, arthropodes, nématodes,
acariens, arachnides (dont des dizaines, même des centaines,
d’espèces existent dans le sol forestier), ne sont-ils pas des
organismes vivants ?
Les techniques agricoles réduisent souvent
le sol à la fonction minérale. Les méthodes
biologiques et biodynamiques la maintiennent mais ne la construisent
pas beaucoup, bien que la technique de non-labour et les vers de terre
aident un peu. Le compostage libère des minéraux mais
n’initient pas une chaîne d’alimentation complexe capable de se
gérer et de se régénérer. Seulement la
pédogenèse offre cette possibilité.
Il y a une
grande différence entre l’agriculture commencée sur des
prairies ou sur un sol issu d’une forêt feuillue. Le sol
forestier est dominé par les champignons alors que les sols
agricoles fertilisés avec de l’humus de courte durée sont
dominés par les bactéries. Le mycelium des champignons
continue à se développer en hiver tandis que les
bactéries s’enkystent. Les champignons, plus que tout autre
organisme vivant, peuvent extraire l’eau interstitielle et
élever le niveau de la nappe phréatique, ce qui est
excellent pour les régions arides. Les champignons, et non les
bactéries, sont au coeur du sol vivant. La même
différence existe entre des cultures améliorées
avec du compost, des engrais verts, des fumiers de cheval, mouton,
chèvre et des sols améliorées avec des rameaux
d’arbres qui contiennent de la lignine et des polyphénols. Les
paysans qui vivent près de la nature ont cette connaissance
innée et la science peut maintenant expliquer en partie cette
connaissance instinctive. Leur préférence pour le fumier
de chèvre au lieu de mouton, par exemple, s’explique
probablement par le fait que les chèvres broutent des branches
qui contiennent de la lignine et les moutons de l’herbe qui ne contient
pas de lignine.
Le sol agricole non cultivé retourne à la
forêt mais le contraire ne se produit jamais, c’est-à-dire
le sol forestier ne devient jamais agricole.
Des recherches à
l’Université Laval, Québec, Canada
(
www.sbf.ulavall.ca/brf/)
amène une nouvelle vision et une
connaissance utile sur le sol. Plusieurs expériences de terrain
concluantes ont été menées sur les cultures de
pommes de terre, fraises, petits fruits et vergers au Québec,
les tomates et aubergines au Sénégal, en
République dominicaine et en Côte d’Ivoire, et sur le
maïs et le seigle en Ukraine.
INVESTIR DANS
LA FERTILITÉ DU
SOL
Le cycle naturel de vie du sol agricole doit être maintenu
avec des additions au bol humique après que les résidus
de la culture précédente l’ont amoindri. Ces apports
constitueront une nouvelle nutrition biologique et minérale pour
la récolte suivante et ne peuvent être remplacés
par des surdoses d’engrais chimiques qui sont nuisibles pour le sol.
Il
est possible de cultiver un sol agricole de façon à ce
qu’il conserve les caractéristiques d’un sol forestier,
dominé par les champignons, en utilisant des branches de bois
raméal fragmenté. Le ramassage et la fragmentation de ces
branches est un travail ardu mais gratifiant. Pour une bonne
fragmentation, les branches doivent être coupées avec un
angle de 57 degrés et, si on utilise une déchiqueteuse,
les couteaux doivent tournés à une vitesse de l2,000 rpm
par couteau, 6,000 rpm pour deux couteaux, et ainsi de suite. C’est
mieux de fragmenter les branches longitudinalement que
perpendiculairement pour exposer le plus de moëlle possible. Un
petite fragmenteuse consomme plus d’énergie qu’une grosse. Comme
une fragmenteuse de grosseur moyenne donne un rendement d’un
mètre cube par jour, c’est mieux de louer une bonne
déchiqueteuse une fois par année et s’arranger pour
recevoir les branches coupées par un émondeur
professionnel.
Nous devons produire de la nourriture à partir
des systèmes forestiers et inclure la biodiversité sur
nos fermes en introduisant des essences climaciques dans les
forêts restantes et en améliorant celles
déjà existantes. Les sols cultivés depuis
longtemps doivent être débarrassés de leurs
nitrates. Pour ce faire, une mince couche de bois raméal
fragmenté frais (pas plus de 2.5 cm) est épandu sur le
sol à l’automne, après la récolte, ou sur le sol
gelé pour réduire le compactage. De cette façon,
nous copions la nature qui intègrent les branches et les
feuilles tombées. Au printemps suivant, le bois raméal
est incorporé aux premiers centimètres du sol;
idéalement une légumineuse est semée et le sol
n’est pas cultivé les deux années suivantes.
Les paillis
de BRF sont excellents également pour les jardins, les vivaces,
les vergers, les plantations d’arbres, les forêts et les haies. A
une épaisseur ne dépassant pas 1.5 cm, le BRF
protège les plantes du gel et retient l’eau.
Le BRF peut aussi
être utilisé comme litière animale. Selon le CTA
(Centre belge de référence
www.aggra.org),
un
mètre cube de litière animale contenant du BRF
piège un peu plus d’un kg d’azote et il recommande de composter
cette litière et de la gérer comme du fumier. Selon eux,
un mètre cube de cette litière équivaut à
40 kg de paille.
Sur les fermes d’élevage, le BRF peut
être utilisé pour stabiliser le passage des animaux
où il restructurera le sol et retiendra l’azote. Dans les pays
où se pratique l’élevage intensif du bétail et
où le lessivage des nitrates est sévèrement
contrôlé - même si la réduction de la demande
pour de la viande d’élevage serait une des solutions à
envisager – cette pratique de litière animale sur BRF sera
grandement appréciée. Aux doses maximales maintenant
permises pour contrôler le lessivage des nitrates, le fumier
prendrait 100 ans pour augmenter la fertilité de 1% alors que la
technologie du BRF peut le faire dix fois plus vite.
Le BRF
contrôle l’érosion rapidement. Il stimule la vie du sol
(vers et champignons) et augmente la fertilité 5 à 10
fois plus vite que le fumier. Le BRF transforme l’azote minéral
en azote organique. Cette azote sera retenue dans les premiers 15
centimètres du sol, là où les plantes en ont
besoin. L’azote organique du fumier, des composts et du BRF est
meilleur pour la nature que l’azote minéral. L’azote organique
est naturel et se libère plus lentement dans le sol. Il y a
très peu de lessivage et, de plus, il ne nécessite pas de
pétrole pour le fabriquer contrairement aux engrais de
synthèse. Les gouvernements devraient faire une
différence entre les engrais naturels et ceux de synthèse
quand ils élaborent des lois sur l’environnement. Dans les pays
où se pratique l’élevage intensif du bétail, les
fermes exportent en moyenne 200 lbs de nitrate à l’acre. Le BRF
contient de l’azote organique. Un mètre cube de BRF stocke plus
de l kg d’azote organique. C’est pourquoi l’association
légumineuse-BRF augmente la fertilité et devrait
intéresser les fermiers en production biologique. En Belgique,
des essais avec l’association luzerne-BRF ont démontré un
meilleur contrôle des adventices tout en multipliant
l’efficacité du BRF par 5 et en réduisant les coûts
d’importation des fertilisants.
28 ANS
D’OBSERVATION
Ne paniquez pas si
des champignons envahissent votre sol après y avoir
épandu du BRF. Ceci indique qu’il y a de l’activité
biologique. Selon le Professeur Gilles Lemieux, les champignons sont
les maîtres de la pédogenèse. Un des premiers
champignons que vous remarquerez sont les Basidiomycètes ; son
mycelium filamenteux blanc s’étendra partout où du BRF a
été appliqué. Réjouissez-vous. Votre sol
travaille ! Des Actinomycètes apparaîtront
également. Pour trois années consécutives, nous
nous sommes régalés de Stropharia rugoso-annula, un
champignon comestible cultivé commercialement en Hongrie. Une
abondance de ces champignons poussaient dans nos parcelles de fraises
et de framboisiers. Je ne peux malheureusement dire quelles essences
ont été utilisées mais il y avait sûrement
de l’érable à sucre, du cerisier de Pennsylvanie et de
l’aulne.
Là ou du BRF a été appliqué en
grande quantité, on remarque une grande activité de la
faune du sol, spécialement par matins humides. Des centaines,
pour ne pas dire des millers, de vers de terre couvriront le sol la
nuit. Après plusieurs années d’application et que le sol
sera devenu forestier, des salamandres apparaîtront. Nous avons
observé des familles de salamandres (adultes et petits) dans un
jardin, confirmant que la nappe phréatique s’était
élevée et qu’il y avait suffisamment d’humidité
pour ces petits animaux. Le BRF élève la nappe
phréatique jusqu’à 50%. Les vieilles forêts
supportent 1 à 2 salamandres par mètre carré
tandis qu’elles sont absentes dans les forêts coupées et
là où on a utilisé des biocides.
La couleur du sol
est beaucoup plus foncée après l’épandage de BRF.
Le sol devient plus léger et prend une odeur d’humus forestier.
Les sols sablonneux semblent répondre plus vite au BRF que les
sols argileux. Le seul effet négatif que nous ayons
remarqué est un rendement moindre avec des cultures de pommes de
terre immédiatement après une application de BRF de
peuplier. Cette pratique est déconseillée. Vaut mieux
semer une légumineuse pour deux ans et semer les pommes de terre
la troisième année.
Les rendements augmentent grandement
avec des applications de BRF pour toutes les cultures. Les tomates,
poivrons, betteraves, maïs, fraises, framboises, groseilles
prolifèrent. Nos jardins produisent maintenant plus sur moins
d’espace à l’origine. Les légumes-racines (carottes,
betteraves, oignons, panais, etc.)sont beaucoup plus sucrés.
Nous n’arrosons que rarement parce que le BRF retient l’eau dans le
sol. Les plantes sont saines avec seulement des arrosages de temps en
temps sur certaines plantes avec du purin de consoude et des
saupoudrages de cendres de bois (lessis) sur les carottes et les
rutabagas en août pour contrôles la mouche de la carotte.
CONCLUSION
Le sol est le royaume de la vie ! La forêt feuillue
est capable de régénérer la richesse du sol alors
que l’anthropocentrisme humain (bioadversité, selon le
cardioloogue québecois Yves Tessier) la détruit. Il n’y a
pas de différence fondamentale entre la composition des
espèces forestières, animales et végétales;
elles partagent en grande partie les mêmes sucres, les
mêmes protéines et les mêmes lipides, et leurs
mécanismes physiologiques réagissent tous de la
même manière. La production et le maintien de l’humus
stable dans le sol soit être le but premier de tout agriculteur.
L’entretien et la protection du sol est un défi pour les humains
et une nécessité absolue pour tous les etres vivants.
La
forêt et le sol sont des musées historiques, un paysage
vivant. Travailler avec eux contribue à la durée et
à la continuité de l’humanité. Le sol aujourd’hui
est la forêt d’hier et le sol de demain. Il est urgent que les
humains intègrent la science de la pédogenèse dans
leurs méthodes de cultiver le sol et de production de leur
nourriture. La pédogenèse forestière doit faire
partie de l’agriculture mondiale.
tas de bois raméal fragmenté
Source externes:
N.B. Le Professeur Gilles Lemieux, de
l’Université Laval, Québec, Canada, est le cerveau
derrière la pédogenèse. Cet article a
été écrit avec l’aide de plus de 200 rapports de
recherche qu’il a publiés et mes observations avec le bois
raméal fragmenté dans notre forêt, nos vergers et
nos jardins depuis l978.
GLOSSAIRE
- Aggraddation
:
- Néologisme indiquant
l’évolution d’un processus par enrichissement, à
l’inverse de dégradation.
- Aggrégats
(stables à
l’eau) :
- Ensemble de particules liées les
unes aux autres par un
ciment d’origine biologique, agissant comme élément
structural du sol, refuge microbiologique et nourriture pour la
microfaune.
- Biotransformation
:
- Processus par lequel les branches, les
racines et les feuilles sont transformées en humus par les
champignons et les micro-organismes
- Bois de
tronc ou bois caulinaire :
- Branches ayant un diamètre
supérieur à 7 cm.
- Bois
raméal :
- Branches ayant moins de 7 cm de
diamètre
- Bol
humique :
- Comprend les matières digestives
et fécales
- Chaînes
trophiques :
- Terme par lequel on désigne
l’ensemble des plantes et des animaux qui participent à la
transformation des tissus végétaux et au transfert des
nutriments et de l’énergie du sol vers les plantes
- Climacique
:
- adjectif permettant de
caractériser tous les
phénomènes dérivant du climax qui est la structure
écologique la plus stable et capable d’assurer son
renouvellement en fonction des contraintes locales de climat et de
géomorphologie
- Décidu
:
Dont les feuilles tombent selon
un rythme saisonnier - Dégradation
(des sols) :
Ensemble de
phénomènes de ruptures d’équilibres menant
à des pertes de fertilité et de productivité et
exigeant des interventions artificielles de plus en plus
coûteuses
Désertification
:
Ensemble des actions de
l’être humain et de la nature aboutissant à la formation
d’ensembles bioologiques figés par certains facteurs limites
dont l’eau est le plus important
Ecosystème
:
Système
biologique permettant à des êtres de différents
niveaux de vivre en harmonie selon des cycles plus ou moins
rapprochés
Epigée
:
Qui signifie au-dessus et s’applique
aux écosystèmes autotrophes comme la forêt
Humus de
courte durée :
Compost, fumier animal et engrais verts
Humus
stable ou de longue durée :
Humus formé de liignine de
feuillus climaciques
Hypogée
: Qui signifie en-dessous ;
particulier aux systèmes à l’intérieur du sol
Lignine :
Constituant principal du bois.Substance organique qui
imprègne les cellules, les fibres et les vaisseaux du bois et
les rend imperméables, inextensibles et et rigides. Cette
molécule doit être enlevée pour la fabrication du
papier. - Pédogenèse
:
Ensemble de processus d’origine
naturelle permettant la constitution d’un sol et d’en maintenir les
caractéristiques à l’intérieur d’une cwertaine
dynamique. Ceci permet la régie des nutriments
nécessaires à la croissance des plantes et au maintien
des équilibres biologiques hypogés et
épigés
Pédologie
:
Etude des sols, de leurs
caractères chimiques, physiques et biologiques, de leur
évolution.
Pédosphère
: L’humus du sol fertile qui
unit les mondes organique et minéral, le plus grand
réservoir de biodiversité et la seule vraie source de
durabilité sur la planète Terre
Polyphénols
:
Ensemble de composés dérivés du ph.bik et
firmés de noyaux ben«éniques
Références:
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Building Soils with Ramial Chipped Wood:
The Maine Organic Farmer & Gardener Volume 25/Number 4 Dec. 1998 -
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Céline Caron et Gilles Lemieux, Bio-Bulle No 19, février
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L'importance des feuillus dans les
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Céline Caron, Bio-Bulle
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Qu'est-ce qu'une forêt. Céline Caron, Le Germe,
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- Oak trees from seed to seed: The Maine Organic
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What is a
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Sept.Nov. 2000 |
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Connecting with the Terrestrial Ecosphere: The Maine
Organic Farmer & Gardener Volume 33/No. l March-May 2006 |
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Redefining Soil Fertility or There is No Soil Fertility
without a
Healthy Forest: The Maine Organic Farmer & Gardener Volume 34-No. l
March
– May 2007 |
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Une redéfinition de la fertilité du
sol, à paraître. |
Céline Caron
NOTE DE CÉLINE CARON ce 10 MAI 2009:
DÉCÈS DU PROFESSEUR GILLES LEMIEUX DE
L'UNIVERSITÉ LAVAL LE 29 AVRIL 2009
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"Comme toute grande découverte, la pédogenèse n'aura pas fait de grand
remous au XXe siècle, certainement pas au Québec d'où elle origine.
L'humanité doit beaucoup au Professeur Gilles Lemieux pour avoir
expliqué et mis des mots sur la formation du sol fertile, l'élément le
plus méconnu et bafoué de tous les temps.
Il nous a aussi fait prendre conscience de l'importance des feuillus
dans l'évolution de la vie du sol. Sa rigueur, sa ténacité et
sapersévérance ont établi les bases de cette nouvelle science qui
devient essentielle pour lasurvie de la biodiversité et de l'humanité
sur la Terre."
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